Les personnes souffrant d'un trouble lié à l'utilisation d'opioïdes traitées par méthadone ont un taux d'interruption de traitement inférieur de 37 à 40% à celui des personnes qui ont reçu de la buprénorphine ou de la naloxone.
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Dans un contexte d'augmentation de la consommation de fentanyl en Amérique du Nord, des chercheurs canadiens ont évalué le risque d'interruption du traitement et de mortalité chez les personnes à qui l'on a prescrit un traitement par agoniste opioïde (buprénorphine/naloxone par rapport à la méthadone) sur une période de 10 ans. Les études précédentes sur l'efficacité comparative de la buprénorphine et de la méthadone ont en effet fourni des preuves limitées et ont été menées auprès de populations consommant principalement de l'héroïne ou des opioïdes sur ordonnance. Des recherches antérieures ont montré que le risque de mortalité des personnes sous traitement de substitution aux opioïdes fait plus que doubler après l'arrêt du traitement par rapport au traitement en cours.Cette étude de cohorte rétrospective a porté sur toutes les personnes (30.891) en Colombie-Britannique qui ont reçu de la méthadone ou de la buprénorphine/naloxone pour des troubles liés à l'utilisation d'opioïdes entre le 1er janvier 2010 et le 17 mars 2020 et a comparé l'impact de ces médicaments sur le risque d'arrêt du traitement et la mortalité toutes causes confondues. Un peu plus de 61% des personnes de la cohorte se sont vu prescrire de la méthadone, 66% étaient des hommes et l'âge médian était de 33 ans. Il faut savoir qu'en Colombie-britannique, le fentanyl a été détecté pour la première fois sur le marché des drogues en 2012 et qu'il est devenu le principal facteur de mortalité par overdose en 2016. Résultats ? Le risque d'interruption du traitement était plus élevé chez les bénéficiaires de buprénorphine/naloxone que chez ceux sous méthadone (88,8% contre 81,5% dans les 24 mois). Cependant, aux doses optimales de traitement, il y avait moins d'abandon (42,1% vs 30,7%). En revanche, le risque de mortalité pendant le traitement était faible et similaire entre les médicaments (0,08% pour la buprénorphine/naloxone contre 0,13% pour la méthadone). Il est important de noter que ces résultats ont été constants après l'introduction du fentanyl et dans tous les sous-groupes de patients, y compris les jeunes (<24 ans), les personnes souffrant de troubles mentaux graves et celles souffrant de douleurs chroniques concomitantes."La méthadone était associée à un risque plus faible d'interruption du traitement que la buprénorphine/naloxone. Le risque de mortalité pendant le traitement était similaire pour les deux molécules", concluent les auteurs de l'étude. "Réduire le risque d'interruption du traitement permet de sauver des vies. Avec des milliers de vies perdues depuis l'introduction du fentanyl dans le marché des drogues illicites en Colombie-Britannique, il est important que nous continuions à évaluer les meilleures options de traitement disponibles. Les études comparatives de ce type constituent l'une des meilleures sources de données dont nous disposons pour évaluer l'efficacité des options thérapeutiques à mesure que l'offre de médicaments toxiques continue d'évoluer", explique le Pr Bohdan Nosyk, l'un des auteurs de l'étude dont les résultats ont paru dans le Jama.