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"Depuis une dizaine d'années, on a prouvé que, chez les patients très obèses, il existe de nombreuses carences nutritionnelles bien avant toute intervention : carence en vit B12 préexistante chez près de 20%, carence en zinc chez 25%, carence majeure en vit D chez 90%..., précise le Dr Vanessa Rolland, médecin nutritionniste à la Clinique du poids idéal. Ensuite, dès la sortie de l'hôpital, on leur donne des compléments multivitamines et, comme ils mangent très peu le premier mois et comme les protéines sont difficiles à avaler, on leur demande aussi de prendre des compléments en protéines (environ 30g/jour)".Sur le plan alimentaire, les priorités à long terme consistent à manger d'abord les protéines, à enchaîner avec les légumes et, s'il reste de la place, à ajouter un peu de riz complet, tout en gardant de bonnes graisses (huile d'olive, un peu de beurre) et en évitant le sucre et l'alcool (totalement pendant les trois premiers mois).Pendant la première année postchirurgie, les patients sont vus tous les trois mois, entre autres pour repérer les complications tardives, notamment nutritionnelles (neuropathie, anémie, troubles du comportement alimentaire...).Pourquoi les patients ayant subi une chirurgie bariatrique (gastric bypass ou gastric sleeve) présentent-ils des carences nutritionnelles ? " C'est particulièrement le cas dans la chirurgie malabsorptive parce que beaucoup de nutriments sont absorbés dans la partie haute de l'intestin grêle, comme cette partie est court-circuitée, ces nutriments sont moins absorbés. Cependant, même chez les patients qui ont eu un sleeve, il existe des carences ", assure-t-elle. Les dix carences les plus courantes après ces interventions sont celles en Ca, Fe, Cu, Zn, vit B12, B9, B1 et en vitamines liposolubles A, D et E.La carence en fer survient par malabsorption et parce que les patients tendent à éviter les aliments riches en fer (viande...). De plus, comme l'estomac a été réduit, il y a une diminution de la sécrétion en acide gastrique. La conjonction d'une baisse d'apports et de surface d'absorption entraîne un risque d'anémie microcytaire.Les carences en vit B sont très fréquentes, surtout en B12 (anémie macrocytaire, neuropathie périphérique), en B1 (en aigu, risque d'encéphalopathie, polyneuropathie) et plus rarement en B9. Il y a aussi des carences en vitamines D (ostéopénie...) et A (xérophtalmie, troubles immunitaires) et en zinc (alopécie, troubles immunitaires, diarrhée...)." Il faut donc donner des compléments à tous les patients. Il existe aujourd'hui des compléments spécifiques au bypass et au sleeve qui facilitent la vie. J'ajoute toujours de la vit D parce qu'il est difficile d'avoir un complément qui en contienne suffisamment : je commence à 3000UI/j en postopératoire et puis j'adapte la dose en fonction des prises de sang. Une dose de 400UI ne suffit pas chez les patients obèses et opérés ".Au fil du temps, la supplémentation est donc adaptée en fonction de la biologie réalisée tous les 3 mois. " La complémentation doit être personnalisée et prise à vie, l'obésité est en effet une maladie chronique qui nécessite un suivi à vie, souligne la nutritionniste. Seul 1/3 des patients prend régulièrement ses compléments nutritionnels : il faut insister parce que les carences existent. Une étude a ainsi montré qu'à 5 ans, 30% des patients opérés ont une carence en fer, 60% en vit B12... Ce n'est pas parce que le patient ne perd plus de poids, que le traitement est fini "." C'est une réalité physiologique, l'assimilation n'est plus aussi bonne et une supplémentation est indispensable. Une notion importante c'est que les multivitamines dont on a l'habitude en pharmacie ne fonctionnent pas bien chez les patients bariatriques, commente le pharmacien Eric Bonnard : une étude menée chez 137 patients bypass recevant une complémentation classique a montré qu'après 1an, 59% étaient déjà en carence nutritionnelle et 98% la 2e année. Il faut des compléments spécifiques ! "A quels critères doivent répondre les compléments alimentaires pour patients bariatriques ? Cinq points sont essentiels : la composition, l'activité et la biodisponibilité des ingrédients, la galénique, la facilité d'utilisation et l'absence d'effet secondaire.La composition de ces compléments doit être spécifique : " Il faut des ingrédients à des concentrations supérieures à celles vues habituellement : jusqu'à 200% des apports journaliers. Il faut ensuite des formes actives, c'est très important, avertit-il : certaines vitamines doivent être activées dans le système digestif pour être absorbables, donc on va utiliser des formes directement assimilables ". On choisira par exemple un comprimé où la vit B12 est liée au facteur intrinsèque ce qui lui permet d'être absorbée, sans nécessité d'en passer par une injection." Pour les minéraux, on va également utiliser des formes qui ne doivent pas être activées, notamment par l'acide de l'estomac, pour être absorbées : plutôt du citrate de calcium que du carbonate de calcium. Les citrates, fumarates, bisglycinates... ont une très bonne absorption notamment au niveau de l'intestin grêle ". Le bisglycinate de fer a par exemple une biodisponibilité 4 fois supérieure à celle du sulfate de fer.Quand on parle de galénique pratique, on entend 'facile à avaler', comme des comprimés à mâcher ou à sucer, ou des sachets en poudre. " La facilité d'utilisation permet de favoriser la compliance parce qu'il faut absolument que le patient prenne son complément, explique-t-il. On essaiera donc de limiter le nombre de prises par jour. Enfin, on veillera à avoir le moins d'effets secondaires possibles (l'oxyde de magnésium provoque des diarrhées, par exemple) "." En pharmacie, on trouve BariNutrics, une gamme de compléments spécifiques à la chirurgie bariatrique avec six références en fonction des besoins. Ce type de produit peut être utilisé avant la chirurgie, ce qui améliorera la récupération. Sur internet, on trouve d'autres produits (par exemple, Fitforme), mais on essaie toujours de favoriser le conseil en pharmacie... "Enfin, " il faut rester éthique, conclut Eric Bonnard, je dis toujours aux patients : 'Pas de micronutrition sans nutrition : j'enrichis mon repas mais cela ne doit pas devenir mon repas !', il faut corriger son hygiène de vie aussi ! "